
mardi 1 janvier 2013
vendredi 14 décembre 2012
Chucho est là !
Chucho est arrivé.
L'ouvrage - traduit par Miguel Velazquez - est disponible, pour l'heure, auprès de nous (saomai@orange.fr) ou de la librairie ENTROPIE (198, boulevard Voltaire, Paris) et, dès le 20 décembre, à la commande dans toutes les librairies de France.

Jesús Arriaga, dit Chucho el Roto
(1834 ?-1885) demeure probablement aujourd’hui, aux yeux des Mexicains,
le bandit le plus célèbre et le plus emblématique ayant jamais écumé
leur pays. La série contant son incroyable épopée fut - à partir de la
fin des années 1960 - l’un des plus grands succès de la télévision
nationale. Des pièces de théâtre, des films lui ont également été
consacrés, certains peu après sa mort tragique dans l’une des plus
ignobles prisons du monde, véritable Alcatraz mexicain : le bagne de San
Juan de Ulua, où ce roi de l’évasion connut l’Enfer, et qui aura vu défiler tant d’autres réfractaires au régime de Porfirio Diaz.
Mais qui était vraiment ce personnage de légende ?
Peut-on
reconstituer, par bribes, l’histoire authentique de ce charpentier
misérable devenu hors-la-loi, et dont les Mexicains se plaisent à
douter, aujourd’hui encore - comme pour Zapata - qu’il soit bien mort et
enterré ? Ses biographies écrites, quasiment inexistantes, laissent la
part belle au cinéma et aux chansons populaires. Celle présentée ici,
éditée anonymement en 1916 et republiée depuis à maintes reprises, a
fait rêver des générations de lecteurs.
Elle n’avait jamais été traduite en Français.
Écrit
au cœur des tourmentes de la Révolution, l’ouvrage y jette un regard
nostalgique sur l’âge d’or d’un banditisme - presque un dandysme -
d’honneur, effondré depuis sous le poids sanglant de l’Histoire. De
sorte que la comparaison avec un autre outlaw mythique : Francisco
« Pancho » Villa s’impose nécessairement. Pancho choisit la Révolution.
Chucho en reste à la révolte. Une révolte pure, et noble, comme
l’indique le sous-titre original : braquages et vols, certes, mais sans
excès de violence. Révolte contre le pouvoir des riches, contre leur
corruption, politique et morale. Révolte contre le monde de l’argent, et
toute cette litanie de bassesses qu’il représentera toujours, ici comme
ailleurs.
lundi 3 décembre 2012
Un conte drolatique inédit de Laurent Diox
Reçu, voilà quelque temps, ce petit conte dadaïste de notre ami Laurent Diox, que nous vous faisons partager...

MÉCHANTS PLAIGNANTS ET VOISINS PAS CONTENTS
« N’hésitez
pas à porter plainte chaque fois que vous vous sentirez agressé ou lésé
dans votre quotidien. Même pour un problème d’apparence mineur (tel un
souci de voisinage). La plainte a des vertus civiques. Pour celui qui la
porte comme pour celui qui la reçoit. Participez donc avec vos voisins à
cette grande gestuelle citoyenne de la plainte. »
Tel
était le texte de l’affichette apposée à chacun des six étages que
comptaient les sept allées de cette résidence de copropriétaires, située
dans le XVIIème arrondissement parisien. Qui l’avait diffusée : le
conseil syndical de l’immeuble ? Ou le tribunal d’Instance ? Le concierge ?
Le commissariat local ? Les services municipaux ? Nul ne le sut. Nul ne
pouvait se douter que cette affiche serait le départ d’un concours de
plaintes totalement absurdes entre tous les résidents.
Deux
jours après son placardage, la première tomba. Elle concernait le
gardien. Un mécontent du premier étage de l’allée A lui reprochait
d’oublier systématiquement de balayer son palier.
En
verve judiciariste, ce même citoyen zélé de l’allée A lança sa deuxième
plainte à l’encontre d’une jeune femme célibataire qui venait de
s’installer dans l’appartement face au sien, et qu’il accusait
« d ’encouragement à la dépression nerveuse, et au spleen ». Il faut
dire que cette nouvelle arrivante était le portrait tout craché de son
premier amour, qui s’était suicidé. De plus, les fleurs sur son balcon
étaient celles que préférait ce tragique premier amour.
Toujours
dans l’allée A, une nouvelle plainte fut lancée par un habitant du
deuxième étage–gauche. Depuis un mois, sa voisine d’en face apprenait à
chanter l’opéra entre 20 heures et 22 heures, cette activité culturelle
rendant l’homme neurasthénique. La quatrième venait de l’allée C, elle
était le fait d’un copropriétaire ne supportant pas de n’entendre aucun bruit
dans l’allée, disant que l’atmosphère le traumatisait et qu’il exigeait
du tapage, diurne comme nocturne. La cinquième plainte viendra du même
hall. Un autre copropriétaire se dressait contre l’auteur de la plainte
précédente. Lui aimait ce silence et accusait le quatrième plaignant de
vouloir traumatiser ses voisins. L’allée
C qui (majoritairement) aimait le silence porta ainsi plainte
collectivement (ou presque) contre l’allée B, qu’elle trouvait trop
bruyante. Les sixième et quatrième étages de l’allée A portèrent
collectivement plainte contre les deuxième et cinquième étages de
l’allée E. Visiblement, il s’agissait d’un problème de politesse. Ceux
de l’allée A considéraient ceux de l’allée E comme impolis, ceux de
l’allée E considérant ceux de l’allée A comme obséquieux.
Dans
l’allée D, les locataires du troisième attaquaient en justice ceux du
sixième. Dans l’allée F, les habitants du cinquième se dressaient
systématiquement contre ceux du deuxième. Pour le premier cas, il
s’agissait d’odeurs buccales, les deux étages s’accusant mutuellement de
puer de la gueule, tandis que dans le deuxième cas, les uns trouvaient
les autres mal habillés, les autres que les uns étalaient leur luxe
vestimentaire d’une façon ostentatoire.
Que
dans une même allée, des voisins (voire des paliers entiers) aient
porté plainte les uns contre les autres ne les empêchait pas de porter
plainte collectivement contre une autre allée. Ainsi, malgré leurs
prises de bec olfactives, les occupants de l’allée D se sentaient
également lésés au niveau de la réfection des escaliers et des parties
communes. L’allée A (au-delà d’une dissension interne) trouvait que
c’était elle qui était défavorisée sur ce plan.
Un
voisin déclara la guerre à son vis-à-vis car le papier peint qu’il
voyait par la fenêtre lui déplaisait. L’attaqué riposta contre le
plaignant, déclarant son intérieur hideux, et le mettant en demeure de
repeindre son appartement. Hall
G contre hall E : le premier reprochait au second d’avoir trop de
fleurs à ses balcons. Le hall E reprochait au hall G d’avoir des balcons
très mal entretenus. Un plaignant de allée F, enfin - troisième étage -
jugeait sa voisine d’en face (une fonctionnaire du Ministère de
l’Intérieur) trop sexy et provocante et l’attaqua pour « incitation à l’infidélité conjugale », « tentative permanente d’outrage à la pudeur », « vie dépravée et tapage diurne ».
Bien
sûr, une partie des résidents se voyait déconcertée par cette soudaine
épidémie juridique, et en parla au conseil syndical. Ce dernier était
déjà alerté par le Tribunal d’instance qui, jugeant toutes ces plaintes
abusives ou farfelues, ne les enregistrait pas. Ce même conseil
s’alarma, et convoqua les associations de locataires qui voulurent
servir de médiatrices entre les divers plaignants. Les représentants du
syndic et ces mêmes associations se réunirent pour accoucher d’un plan.
Peine perdue, aucune partie n’étant prête à un accord, les associations
se crêpant le chignon, et les membres du conseil s’empaillant entre eux
pour le moindre détail.
Il fut impossible d’appeler à une assemblée de copropriétaires.
Quelques
voisins, de leur propre chef, s’improvisèrent alors médiateurs. Mais
aucun plaignant, ni même aucune personne victime d’une (ou plusieurs)
plaintes ne daigna s’intéresser à eux. Ils réussiront juste à arrêter
quelques échauffourées. Malgré ça, les médiateurs persévérèrent,
espérant une fatigue des plaignants. Etaient-ils soudain écoutés ?
Toujours est-il que durant deux semaines, il n’y eut plus de plaintes.
Mais ce qui suivit se révéla bien pire. De nouveaux « mécontents »
entrèrent dans la danse : pas forcément des plaignants énervés, plutôt
des gens d’apparence sereine voulant faire chier le monde par derrière
(et pourquoi pas par-devant).
Ça
débuta par un dentiste, par ailleurs médiateur volontaire, qui se mit à
jeter méthodiquement ses déchets sur le balcon de sa voisine, laquelle
ne se privait pas de lancer ses ordures dans l’appartement de son voisin
en vis-à-vis, car voir ce dernier torse nu l’énervait.
Puis,
ce fut la fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur (la même faisant
déjà l’objet de plusieurs plaintes) qui balança ses tampons usés, et ses
culottes pleines de merde, dans la boîte aux lettres de sa voisine du
dessous (apparemment une sombre vengeance féminine).
Allée
E, deux non-plaignants qui l’un comme l’autre avaient été médiateurs
volontaires s’affrontèrent : un cadre supérieur de l’industrie
d’armement, d’abord, ne put s’empêcher de chier – chaque matin – sur le
paillasson de son voisin du dessous, simplement parce que sa gueule ne
lui revenait pas. Lequel voisin du dessous, apprenant fortuitement la
provenance du caca, fit de même sur le palier de son chieur.
Allée C, le copropriétaire traumatisé par le silence de l’allée vit sa boîte aux lettres remplie de boules quies
cinq jours durant, craqua et fit du bruit quatre nuits de suite. Les
six matins suivants, le reste des copropriétaires de son allée
déverseront leurs poubelles juste devant sa porte, l’amateur de
sonorités nocturnes déménageant bien vite.
Juste
après, et durant six ou sept nuits, il y eut des maniaques pour
déranger leurs co-résidents par téléphone entre deux et trois heures du
matin. Ils proféraient des menaces de mort, tenaient des propos
graveleux. Il fut fréquent, au cours de cette mini guérilla
téléphonique, que la même personne ayant appelé à 2 h 05 reçût à son
tour un coup de fil autour de 2 h 25. Elle pouvait avoir dit des
obscénités à 2 h 05 et se retrouver menacée de mort vingt minutes après,
ou d’abord
menacer de mort puis insulter copieusement. Ou bien encore, elle
pouvait recevoir les mêmes insultes (à quelques variantes près) qu’elle
avait adressées à une autre personne. Il faut signaler que tout se
passait dans le plus grand des hasards et que c’était rarement
l’insulteur qui se faisait rappeler par l’insulté.
Chaque
soir, le concierge constatait qu’il y avait de moins en moins d’ordures
dans les poubelles mais énormément sur le sol de la cour, vu qu’elles
étaient maintenant lancées d’un balcon à l’autre. De leur côté, les
boîtes aux lettres regorgeant de tampons usés et autres saloperies
voyaient leur nombre augmenter tous les jours.
Allée
B, chaque matin, à 7 h 00, quelqu’un urina dans l’ascenseur. Au bout de
quinze jours, on apprit que c’était un cadre effacé et gentil, de
surcroît membre du conseil syndical mais qui voulait enquiquiner le
monde. Démasqué, celui-ci reçut une dizaine de plaintes, dix kilos de
merde sur son paillasson, des ordures sur son balcon, des capotes
anglaises usées dans sa boîte aux lettres. Il déménagera encore plus
vite que l’amateur de sonorités nocturnes
Allée
G, deuxième étage droite, le copropriétaire poussa des cris de dindon
en plein milieu de la nuit pendant une semaine d’affilée, ce qui
réveilla systématiquement son voisin de palier, qui se mit, lui aussi, à
imiter le cri du dindon à n’importe quelle heure de la nuit. Les deux
voisins finiront par faire les dindons simultanément, tout en s’étripant
dans la rue. Séparés calmés et prêts à discuter, ils s’accorderont pour
partir le même jour et n’omettront pas, avant leur départ, de chier sur
le paillasson l’un de l’autre.
La
fonctionnaire ministérielle lacèrera la gueule de son plaignant à coups
de talons aiguilles. Puis c’est sa voisine (celle dont elle avait
pourri la boîte aux lettres) qui la badigeonnera de merde. Juste après
le déménagement des deux dindons, les silencieux de l’allée C et les
bruyants de l’allée B se lanceront des pierres d’un bout à l’autre de la
cour (pour l’anecdote, les silencieux avaient tous des boules quies dans les oreilles, les bruyants préférant écouter leur ipod).
La cantatrice en herbe, après avoir pris ses cours de chants de quatre à
six heures du matin pendant une semaine, se fera couper les cordes
vocales par son voisin plaignant. Le même jour, les sixième et quatrième
étages de l’allée A, ainsi que les deuxième et cinquième de l’allée B
s’enverront des pots de fleurs d’un balcon à l’autre. Comme beaucoup de
monde (lanceurs de pierres ou de pots de fleurs…) avant et après eux, le
sosie d’un premier amour et son plaignant se battront en duel, et se
retrouveront aux urgences.
Allée
D, les locataires du troisième se battront à coups de balai contre ceux
du sixième. Le dentiste balancera de la merde sur tous les balcons
qu’il pourra atteindre. Le voisin torse nu se dépoila entièrement et
lança une dizaine de chaises sur la voisine d’en face. Allée F, les
habitants du cinquième s’affronteront (à coups de râteau) à ceux du
deuxième.
Un
nombre croissant d’habitants chieront systématiquement sur le
paillasson du voisin que – pour une bonne ou une mauvaise raison – ils
détestaient le plus. En une semaine, on dénombra aussi deux tentatives
d’étranglement par jour. Les trois-quarts du temps, il s’agissait du
propriétaire d’un paillasson merdeux ayant trouvé le chieur qui lui
pourrissait la vie. Pour le reste, c’était le chieur qui malmenait sa
victime.
Les
cris de poules d’une allée succéderont aux bruits de dindons d’une
autre, pendant trois week-ends de suite. Le quatrième, les allées se
répartissaient pour moitié entre poules et dindons.
Le
nombre de copropriétaires passant par les urgences depuis le début des
affrontements augmentera graduellement. Les interventions de lardus
passeront de trois par semaine, après la bataille des pierres, à trois
par jour après celle des coups de râteaux.
Les
médiateurs soit avaient jeté l’éponge, soit étaient ceux qui pétaient
le plus les plombs. Depuis le week-end des cris de poules (et de
dindons), les déménagements se faisaient au rythme d’un par jour : plus
personne ne voulut investir dans cette résidence, aucun appartement
abandonné ne sera réoccupé. Rapidement, il ne resta qu’une vingtaine
d’habitants, et tous voulaient partir. Les déménagements se déroulaient
dans une ambiance houleuse : coups, insultes, meubles cassés,
déménageurs arrêtant le travail, baston générale. À la requête du
conseil syndical et de l’agence immobilière, il sera demandé aux
derniers copropriétaires de partir dans le calme. Malgré ça, ce seront
les forces de l’ordre qui planifieront les derniers départs avec un
important dispositif pour éviter tout débordement.
Le dernier habitant de la résidence sera le concierge, la seule plainte lancée contre lui ayant disparu sous le Blitzkrieg
juridique. S’ennuyant vite, il finira par mettre la clé sous la porte,
passés quinze jours de solitude. Après son départ, l’affichette
d’incitation à la plainte était encore placardée à chaque étage de
chaque allée.
À ce jour, son mystère reste irrésolu.
Jamais
ni le tribunal d’Instance ni aucun autre pouvoir public ne parleront
d’elle. Sont-ce vraiment les institutions qui l’avaient apposée ?
Ou peut-être d’autres, qui voulaient se moquer d’elles ?
RIRA BIEN QUI CONNAITRA LA VÉRITÉ !
mardi 6 novembre 2012
Bientôt, Chucho !

« On ne peut aimer le Mexique sans aimer – ne fût-ce qu’un petit peu – les histoires à l’eau de rose, les romances d’amours impossibles, les spectaculaires déchaînements de chagrin dont l’expression publique, en ce pays nullement méprisée et même honorable, y compris chez ses habitants les plus mâles, témoigne précisément d’une assurance égale dans la virilité et la sensibilité. Que des figures de rebelles viennent à intervenir au beau milieu de telles romances, et alors l’eau de rose, si l’on peut dire, vire au rouge. L’histoire de Chucho el Roto – et de son triomphe populaire au Mexique – est bien typique d’un tel chromatisme.»
Extrait de l'Avant-Propos à Chucho el Roto, dandy d'honneur.
Publication prévue aux Éditions Sao Maï : fin Novembre 2012.
vendredi 4 mai 2012
Laurent Diox chez Chéri-Bibi !
Le dernier CHÉRI-BIBI (numéro 007) était formellement disponible depuis quelque temps. En pratique, voilà seulement quelques jours qu'il a fini par nous tomber entre les mains. Les libraires que nous persécutions depuis des mois doivent à présent mieux dormir. Mais le ravitaillement connut, c'est vrai, un mystérieux coup de mou. La faute à la vie, sans doute, qui est ce qu'elle est (et à la fête des 20 ans du journal, peut-être aussi, ayant certainement constitué un gigantesque moment de modification sensorielle, un de ceux dont on ne se remet qu'extrêmement lentement, en reconstituant péniblement ses forces, pour enfin refaire surface un jour, comme insectifié, à la faveur de quelque aurore grisâtre et déprimante). Patiemment, en tous cas, nous avons ainsi attendu, longtemps, avant d'être autorisés à nous repaître du contenu - fort généreux comme à l'accoutumée - de la fameuse feuille populaire-encyclopédiste émise par la bande à Daniel Paris-Clavel, l'étoile (rouge) d'Ivry-sur-Seine.
La tonalité de ce 007 est, sache-le, lectrice, lecteur, très nettement érotique, voire érotomane. Dans le désordre (c'est mieux) : un retour sur le film pornographique, mythique et féministe Le sexe qui parle, de Frédéric Lansac et Francis Leroi, une étude fort poussée (c'est le cas de le dire) de la chanson paillarde jamaïcaine, où l'on découvrira, entre autres choses, que le mahométisme de Prince Buster ne constitua nullement un frein (si l'on nous passe, à nouveau, le mot) à la coquinerie de certaines de ses compositions, puis un dossier passionnant consacré au Rape and Revenge (littéralement : "Viol et Vengeance"), genre cinématographique marginal, et souvent difficile - l'auteur du dossier confessant (qu'on nous pardonne) même certaines baisses de moral ponctuelles possibles à la vision d'oeuvres parfois éprouvantes quoique fécondes - un genre, donc, explorant le thème de la vengeance énergique (meurtres, sévices) exercée par des femmes violées à l'encontre de leurs bourreaux...
Mais les deux grands intérêts, de notre point de vue, du 007, résident cependant d'abord dans la riche et empathique présentation de Musidora, inoubliable interprète d'Irma Vep et égérie des surréalistes, dans l'interview - ensuite - de l'écrivain Stewart Home, à laquelle succède immédiatement, bande de veinards qui ferez bientôt l'acquisition de ce nouveau numéro ! une nouvelle fraîchement traduite du même Stewart Home, bonhomme dont les préoccupations générales rencontrent tout sauf fortuitement la Weltanschauung propre à l'Internationale Skinhead Situationniste, dont CHÉRI-BIBI constitue bien entendu un pilier, la courroie de transmission, le phare, un bastion ou tout autre image valable que votre capacité prédicative et métaphorique saura bien susciter, à la longue. Ajoutons à cela les diverses chroniques (en un seul mot) de rigueur, les notes de lecture et d'écoute, les bédés fort contentantes (les aventures de Verminax, par exemple, ou encore celles de l'As du hold-up, l'aperception de la coupe de cheveux de l'employé de banque récurrent de cette dernière série justifiant même pour nous, à elle seule, l'achat ou le vol du magazine). Tout cela pour un tarif, à notre avis obscène, de 5 euros. Rappelons, par exemple, que le Parisien, pour un prix nettement inférieur, offre un nombre comparable d'occasions potentielles de jouissance intellectuelle, morale, et même autre (à condition de le rouler soigneusement).
Last but not least, notre Laurent Diox saomaïesque parvient même ici à se frayer un passage, accompagné de sa tumultueuse héroïne Henriette, ainsi que de toute l'équipe du Bouif, du Détachement Féminin Rouge et des Magatsu Boys. Nous reproduisons ci-dessous l'intégralité de la critique chéribibienne :
" Éditeur courageux voire téméraire, Sao Maï aime à défricher la littérature singulière. Après avoir notoirement exhumé Villiers de l'Isle-Adam (Tableau de Paris sous la Commune et Le bourgeois mis en pièces), c'est encore une fois dans les marges périphériques que la petite maison d'édition hantée nous convie. Laurent Diox, punk-rocker totonome, banlieusard et - on le sait à présent - écrivain, ne peut être inconnu du zonard des frontières crépusculaires. Amateur des bars rocks parsemant l'au-delà des boulevards extérieurs, tu as déjà croisé sa silhouette syncopée aux rythmes électrifiés, obligé. Toujours dans les parages mais paraissant ailleurs à trimballer son univers intérieur, Diox a porté le présent bouquin durant des années avant, enfin, d'accoucher de ces 500 pages pleines de rage et d'amour rentrés. Les 150 premières se dévorent avidement en suivant les déambulations d'un punk squatter confronté à une guerre des classes " psychico-techno-magique " dans un Montreuil plein de clins d'oeil où apparaissent des personnages qu'un fil ténu sépare de la réalité (on y reconnait - entre autres - quelques évadées des Witches Valley et de La Fraction ainsi qu'une rude girl dont nous tairons le nom). Entre rêves fantasmatico-politiques et portrait tragi-comique du délire sécuritaire actuel, le récit passe très vite en mode halluciné mêlant spiritisme Communard et super-pouvoirs japonisants... Et force est d'avouer que, malgré de belles inventions stylistiques, j'ai fini par me saturer les neurones à essayer de débrouiller une histoire qui s'éloigne bien vite des sentiers de la chronique urbaine - façon Jacques Yonnet - pour dérouler des péripéties labyrinthiques n'ayant rien à envier à une version manga de Ghostbusters II sous champi. Sûr qu'avec un tiers de pages en moins le propos aurait été plus clair, mais qui n'a jamais rêvé de se transformer en boule de feu pour franchir une ligne de CRS me jettera ce pavé conseillé. "
CHÉRI-BIBI est disponible en principe dans ces librairies-là.
On peut aussi le commander auprès d'eux, via leur site.
mardi 21 février 2012
AMER numéro 5 est sorti !
Beaucoup de bonnes et belles choses dans cette nouvelle et hélas ! dernière, s'il faut absolument les croire (nous ne les croyons pas), livraison d'Amer, revue finissante. Des photographies, du punk, Léon Bloy, Guy Debord et Victor Noir (dont on rappelle ici que l'assassinat par un Bonaparte fournit à notre cher Villiers de l'Isle-Adam, son ami intime, l'idée d'une magnifique supercherie émeutière à base de détournement de cadavre, qui n'eut malheureusement pas de suite). Bref, voilà encore une sacrée dose de savoir encyclopédique, et comme dirait Chéri-Bibi : " Du sexe, du sang, de la dialectique ! "
Bien sûr, comme toutes les fois précédentes, un thème formel motive tout cela : en l'occurence, ici, la photographie. Mais tout étant dans tout et réciproquement, c'est d'autres plaisirs, moins soupçonnables que celui des yeux seuls, qu'il vous sera certainement offert de prendre à la lecture de cette délicieuse revue. A condition, évidemment, de se fendre de la somme royale de 6 euros.
Pour toute commande et information, allez voir sur le site des âmes d'Atala : ICI !
Quant à nous, nous les embrassons !
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