mardi 6 novembre 2012

Bientôt, Chucho !


« On ne peut aimer le Mexique sans aimer – ne fût-ce qu’un petit peu – les histoires à l’eau de rose, les romances d’amours impossibles, les spectaculaires déchaînements de chagrin dont l’expression publique, en ce pays nullement méprisée et même honorable, y compris chez ses habitants les plus mâles, témoigne précisément d’une assurance égale dans la virilité et la sensibilité. Que des figures de rebelles viennent à intervenir au beau milieu de telles romances, et alors l’eau de rose, si l’on peut dire, vire au rouge. L’histoire de Chucho el Roto – et de son triomphe populaire au Mexique – est bien typique d’un tel chromatisme.» 

Extrait de l'Avant-Propos à Chucho el Roto, dandy d'honneur.
Publication prévue aux Éditions Sao Maï : fin Novembre 2012. 

vendredi 4 mai 2012

Laurent Diox chez Chéri-Bibi !






Le dernier CHÉRI-BIBI (numéro 007) était formellement disponible depuis quelque temps. En pratique, voilà seulement quelques jours qu'il a fini par nous tomber entre les mains. Les libraires que nous persécutions depuis des mois doivent à présent mieux dormir. Mais le ravitaillement connut, c'est vrai, un mystérieux coup de mou. La faute à la vie, sans doute, qui est ce qu'elle est (et à la fête des 20 ans du journal, peut-être aussi, ayant certainement constitué un gigantesque moment de modification sensorielle, un de ceux dont on ne se remet qu'extrêmement lentement, en reconstituant péniblement ses forces, pour enfin refaire surface un jour, comme insectifié, à la faveur de quelque aurore grisâtre et déprimante). Patiemment, en tous cas, nous avons ainsi attendu, longtemps, avant d'être autorisés à nous repaître du contenu - fort généreux comme à l'accoutumée - de la fameuse feuille populaire-encyclopédiste émise par la bande à Daniel Paris-Clavel, l'étoile (rouge) d'Ivry-sur-Seine.
La tonalité de ce 007 est, sache-le, lectrice, lecteur, très nettement érotique, voire érotomane. Dans le désordre (c'est mieux) : un retour sur le film pornographique, mythique et féministe Le sexe qui parle, de Frédéric Lansac et Francis Leroi, une étude fort poussée (c'est le cas de le dire) de la chanson paillarde jamaïcaine, où l'on découvrira, entre autres choses, que le mahométisme de Prince Buster ne constitua nullement un frein (si l'on nous passe, à nouveau, le mot) à la coquinerie de certaines de ses compositions, puis un dossier passionnant consacré au Rape and Revenge (littéralement : "Viol et Vengeance"), genre cinématographique marginal, et souvent difficile - l'auteur du dossier confessant (qu'on nous pardonne) même certaines baisses de moral ponctuelles possibles à la vision d'oeuvres parfois éprouvantes quoique fécondes - un genre, donc, explorant le thème de la vengeance énergique (meurtres, sévices) exercée par des femmes violées à l'encontre de leurs bourreaux...
Mais les deux grands intérêts, de notre point de vue, du 007, résident cependant d'abord dans la riche et empathique présentation de Musidora, inoubliable interprète d'Irma Vep et égérie des surréalistes, dans l'interview - ensuite - de l'écrivain Stewart Home, à laquelle succède immédiatement, bande de veinards qui ferez bientôt l'acquisition de ce nouveau numéro ! une nouvelle fraîchement traduite du même Stewart Home, bonhomme dont les préoccupations générales rencontrent tout sauf fortuitement la Weltanschauung propre à l'Internationale Skinhead Situationniste, dont CHÉRI-BIBI constitue bien entendu un pilier, la courroie de transmission, le phare, un bastion ou tout autre image valable que votre capacité prédicative et métaphorique saura bien susciter, à la longue. Ajoutons à cela les diverses chroniques (en un seul mot) de rigueur, les notes de lecture et d'écoute, les bédés fort contentantes (les aventures de Verminax, par exemple, ou encore celles de l'As du hold-up, l'aperception de la coupe de cheveux de l'employé de banque récurrent de cette dernière série justifiant même pour nous, à elle seule, l'achat ou le vol du magazine). Tout cela pour un tarif, à notre avis obscène, de 5 euros. Rappelons, par exemple, que le Parisien, pour un prix nettement inférieur, offre un nombre comparable d'occasions potentielles de jouissance intellectuelle, morale, et même autre (à condition de le rouler soigneusement).

Last but not least, notre Laurent Diox saomaïesque parvient même ici à se frayer un passage, accompagné de sa tumultueuse héroïne Henriette, ainsi que de toute l'équipe du Bouif, du Détachement Féminin Rouge et des Magatsu Boys. Nous reproduisons ci-dessous l'intégralité de la critique chéribibienne :

" Éditeur courageux voire téméraire, Sao Maï aime à défricher la littérature singulière. Après avoir notoirement exhumé Villiers de l'Isle-Adam (Tableau de Paris sous la Commune et Le bourgeois mis en pièces), c'est encore une fois dans les marges périphériques que la petite maison d'édition hantée nous convie. Laurent Diox, punk-rocker totonome, banlieusard et - on le sait à présent - écrivain, ne peut être inconnu du zonard des frontières crépusculaires. Amateur des bars rocks parsemant l'au-delà des boulevards extérieurs, tu as déjà croisé sa silhouette syncopée aux rythmes électrifiés, obligé. Toujours dans les parages mais paraissant ailleurs à trimballer son univers intérieur, Diox a porté le présent bouquin durant des années avant, enfin, d'accoucher de ces 500 pages pleines de rage et d'amour rentrés. Les 150 premières se dévorent avidement en suivant les déambulations d'un punk squatter confronté à une guerre des classes " psychico-techno-magique " dans un Montreuil plein de clins d'oeil où apparaissent des personnages qu'un fil ténu sépare de la réalité (on y reconnait - entre autres - quelques évadées des Witches Valley et de La Fraction ainsi qu'une rude girl dont nous tairons le nom). Entre rêves fantasmatico-politiques et portrait tragi-comique du délire sécuritaire actuel, le récit passe très vite en mode halluciné mêlant spiritisme Communard et super-pouvoirs japonisants... Et force est d'avouer que, malgré de belles inventions stylistiques, j'ai fini par me saturer les neurones à essayer de débrouiller une histoire qui s'éloigne bien vite des sentiers de la chronique urbaine - façon Jacques Yonnet - pour dérouler des péripéties labyrinthiques n'ayant rien à envier à une version manga de Ghostbusters II sous champi. Sûr qu'avec un tiers de pages en moins le propos aurait été plus clair, mais qui n'a jamais rêvé de se transformer en boule de feu pour franchir une ligne de CRS me jettera ce pavé conseillé. "


CHÉRI-BIBI est disponible en principe dans ces librairies-là.
On peut aussi le commander auprès d'eux, via leur site. 


  

mardi 21 février 2012

AMER numéro 5 est sorti !


Beaucoup de bonnes et belles choses dans cette nouvelle et hélas ! dernière, s'il faut absolument les croire (nous ne les croyons pas), livraison d'Amer, revue finissante. Des photographies, du punk, Léon Bloy, Guy Debord et Victor Noir (dont on rappelle ici que l'assassinat par un Bonaparte fournit à notre cher Villiers de l'Isle-Adam, son ami intime, l'idée d'une magnifique supercherie émeutière à base de détournement de cadavre, qui n'eut malheureusement pas de suite). Bref, voilà encore une sacrée dose de savoir encyclopédique, et comme dirait Chéri-Bibi : " Du sexe, du sang, de la dialectique ! " 

Bien sûr, comme toutes les fois précédentes, un thème formel motive tout cela : en l'occurence, ici, la photographie. Mais tout étant dans tout et réciproquement, c'est d'autres plaisirs, moins soupçonnables que celui des yeux seuls, qu'il vous sera certainement offert de prendre à la lecture de cette délicieuse revue. A condition, évidemment, de se fendre de la somme royale de 6 euros.

Pour toute commande et information, allez voir sur le site des âmes d'Atala : ICI !

Quant à nous, nous les embrassons !

mercredi 23 novembre 2011

La fête à qui ?



Si vous passez par Saint-Ouen, et à plus forte raison si vous résidez dans le coin, ne manquez pas de rendre une petite visite à l'équipe de l'excellent magazine dit  " de culture populaire " CHERI BIBI, le 26 novembre prochain. Après un passage à Tours, et avant de se rendre sous peu à Lille pour les mêmes raisons, la bande à Daniel Paris-Clavel, l'incontournable encyclopédiste d'Ivry-sur-Seine, fêtera ses 20 ans d'existence en musique, entre autres réjouissances.
Allez donc voir les détails sur leur site ICI !
Sao Maï leur souhaite un bon anniversaire et attend évidemment, avec impatience, la sortie du prochain numéro.

jeudi 17 novembre 2011

Valeur d'usage





Je saisis sa bite que je presse, resserrant mon étreinte, progressive, atteignant mes buts, lesquels demeurent - immuables - de causer ensemble surprise et douleur, l’incrédule satisfaction. Mon sourire alors, sans rigueur néanmoins formel, le terrasse. Il sait que je procède suivant ma nécessité. Le plaisir veut cela, qui croit bannir chaque fois le regain de l’amour, épuiser sans pitié son pouvoir de promesses. Je suis remplie de pitié, donc. Et de désir. Sa queue sera chaque fois surprise. Et il restera mien.
« Chienne » invoque-t-il, et puis ses yeux se ferment. Il est à genoux, moi de même et entre nous l’objet que, tombant et basculant, j’avale, lui m’ayant invoquée. Le signe fut là lancé de procéder selon la norme acquise, le cours immuable. Sa bite disparaît dans ma bouche au rythme, inviolable, d’un tiers supplémentaire à chaque nouvelle attaque. Trois tiers. Son surgissement ruisselle et luit. C’est ainsi. Visible, il retrouve la lumière le temps d’un simple instant de conscience fournissant là tout le but. Le duvet de mon menton caresse les saillances de ce pousse réglant autour d’elle, autour de sa bite, l’étreinte. Puis pour elle, à nouveau, voilà la nuit de ma gorge. Je l’y pousse plus avant, plus au fond, mon pouce descend de même, que je flatte encore. De mon auriculaire enfonçant à présent, à la base de sa queue, la peau tendre, je tranche de celle-ci la chaleur grossière et indécise. J’informe. Il l’espérait. Je repasse, d’un frôlement du même ongle distinct, devant ses couilles qui sont lourdes et dures, et dont j’enroule la convexité tendue selon une voie de reconnaître absolument attendue de lui, issue de quatre mouvements successifs, à l’impulsion bientôt rapprochée. Il est le code d’offrir, à cette servitude ignorante qui le fait gémir sans comprendre encore, une détermination précise, et un immortel souvenir. Celui disant que c’est de moi qu’il râle. Qu’il râlera mieux en moi qu’en n’importe quelle autre, laquelle ne maîtrisera jamais, ainsi que moi, les signes. À cette pensée (simple point atteint de l’office), son esclavage redouble, bien sûr, tout cela est prévu, et avec lui, sa fureur : tel est l’instant médian des grandes transmutations. L’insulte semble s’inviter, mais il lui est pourtant fait droit. Elle participe, procédant de la rage servile, confinant à l’amour. « Chienne » souffle-t-il. Et il souffle, aussi, que je le bouffe, puis d’autres choses, tandis qu’en ses yeux clos s’amasse un filet de larmes que, sans le voir, je sais. «Chienne.» Encore. «Pute.» Et en ma chatte, à son entour imprégnée, dedans cette visqueuse ivresse, très loin, de même les larmes que je sens sont amères, autant que les siennes chargées de liberté. L’eau, nous dit-on, est le lieu de l’angoisse. Peut-être la suite s’explique-t-elle ainsi. Sa main, dès nos larmes, s’élève, passe sur mon dos, sonnant tel un marteau léger, afin de les éprouver, sur quelques de mes vertèbres, sentant sur elles dresser le poil. Une, deux, quatre. La main se pose ensuite, et elle le fait déjà, pour y attendre, tremblant de se crisper, sur le plus opposé, le plus évadé, le plus fuyant de mon cul, le cul de l’autre direction (et voilà que, de la sorte, nous en avons sanctifiées trois). Le sens en est celui de l’Égalité. Car en cette main qui seulement palpite gît une certaine puissance. Celle, niveleuse, de ma dépossession, de mon besoin soudain montré, exhibé, égal. D’où vient que j’extrais de ma bouche sa tige dévorée, indiquant le plafond et le ciel, et qu’à mon tour je râle, et supplie. « Fourre-moi » supplié-je.
C’est l’usage. 

Pour Malika B. (1973-2011) RIP - Sao Maï

Waltraud Meier en gloire

Pour le bla-bla de Zaïche sur Tannhäuser, c'est ICI !